La faïence de Malicorne

Un patrimoine historique

L’activité céramique en Sarthe ne doit rien au hasard. Elle s’explique avant tout par la richesse de son sous-sol, qui abrite deux importants gisements d’argile. Le premier se situe dans le nord du département, autour de Bonnétable et de Prévelles. Le second se trouve dans le sud, notamment autour de Ligron et de Malicorne-sur-Sarthe.

L’histoire de la céramique à Malicorne remonte à l’époque gallo-romaine, période durant laquelle la région commence déjà à exploiter ses ressources naturelles en argile. Situé dans le sud de la Sarthe, ce territoire bénéficie en effet d’un sous-sol particulièrement propice au développement de la poterie puis, plus tard, de la faïence.

Ligron, village voisin de Malicorne, joue d’ailleurs un rôle déterminant dans l’essor de cette production. Il s’agit même du plus ancien centre de production céramique de la région, bien avant que Malicorne ne devienne l’un des pôles majeurs de la faïence française.

Mais la tradition céramique sarthoise ne se limite pas au sud du département. Dans le nord, autour de Bonnétable et de Prévelles, plusieurs faïenceries et ateliers de poterie se développent également. Certains artisans y acquièrent une véritable reconnaissance, à l’image de Louis-Léopold Thuilant, figure emblématique de la céramique locale.

L'essor de la faïence au XVIIIe Siècle

Le travail de l’argile à Malicorne commence avec l’arrivée de Jean Loiseau. Né en 1721 en Touraine, cet ouvrier faïencier de Saint Christophe sur le Niais, demande en 1747 l’autorisation d’ouvrir sa propre faïencerie à Malicorne sur Sarthe.

Pour lancer son activité, il acquiert une ancienne auberge appelée « Le Plat d’Étain ». C’est dans ce lieu qu’il fonde sa première faïencerie, dont le développement est particulièrement rapide. À la fin du XVIIIe siècle, l’entreprise familiale emploie une quinzaine d’ouvriers, preuve du dynamisme de cette nouvelle activité dans la région.

Il faut dire que Malicorne réunit alors toutes les conditions favorables au développement de la faïence. L’argile est disponible à proximité immédiate, les forêts environnantes permettent d’alimenter les fours en bois, et le fleuve offre un axe de transport stratégique pour l’acheminement des productions jusqu’à Nantes, via la Loire.

La faïence de Malicorne se distingue par sa qualité et sa résistance au feu. Sa production est d’abord destinée aux campagnes environnantes, avec une vaisselle à usage domestique réputée pour sa blancheur. L’arrivée à Malicorne au cours de cette période de tourneurs et d’un peintre originaires de Nevers contribuera au développement d’une fabrication plus élaborée. Inspirés des modèles de Rouen et donc de Nevers, les décors s’affinent.

Ce succès attire d’autres entrepreneurs, et le XIXe siècle voit l’apparition de plusieurs faïenceries, notamment celle de Guillaume Rabigot, ancien ouvrier de Loiseau. Il est à l’origine de toute une lignée de faïenciers et son fils Victor ouvre en 1842, un second atelier toujours en activité : la faïencerie Bourg-Joly.

L'âge d'or de la faïence Malicornaise

En 1835, une troisième faïencerie voit le jour dans l’ancien prieuré du village, accolé à l’église, tout au bord de la rivière.

Différents faïenciers se succèdent à la tête de ces faïenceries qui produisent surtout, comme au XVIIIème siècle, une faïence courante et usuelle : Cador, Béatrix, Pouplard, Moreau, Vallée, Maillard, Lecomte, Laze, Tessier, Frénéhard, Guérin ont tour à tour écrit plus de deux cent soixante ans d’histoire et de tradition qui perdurent encore avec les Faïenceries d’Art de Malicorne (Deschang) et de Bourg-Joly (Fouquet).

Durant les deux dernières décennies du XIXème siècle, la production de Malicorne va radicalement évoluer sous l’impulsion de deux hommes : André Arondel et Léon Pouplard. Le premier introduit dans la faïencerie Bourg-Joly une dessinerie, véritable atelier de décoration. Il s’inspire essentiellement des majoliques italiennes de la Renaissance mais s’intéresse également aux décors de Nevers et de Rouen.

Quant à Léon Pouplard, il se marie avec une héritière de la faïencerie du Plat d’Etain et c’est aux côtés de sa belle-mère qu’il travaille dès les années 1888-1890 pour améliorer une fabrication restée largement tournée vers l’utilitaire.

Toutefois, la faïence subit la concurrence de nouveaux matériaux comme le fer émaillé. Pour résister, Pouplard introduit les décors bretons, très prisés pour les articles souvenirs, une stratégie qui préservera la production jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

Ce qui s’appellera la Faïencerie d’Art de Malicorne est fondée à partir de 1923 par Emile TESSIER, un ancien ouvrier de Léon POUPLARD. La fabrication est presque exclusivement vouée à la reproduction d’anciens et aux souvenirs. Cet atelier élargit également sa gamme à des faïences ajourées, inspirées des porcelaines du XIXème siècle.

Ainsi avec Emile Tessier, la technique de l’ajourage s’impose très rapidement et devient une spécialité de Malicorne.

La faïence de Malicorne aujourd'hui

Aujourd’hui, la faïencerie d’Art de Malicorne est l’une des rares à préserver les techniques artisanales du XVIIIe siècle. Malheureusement, le nombre d’ateliers a décliné, les reprises n’ayant pas toujours été menées de manière optimale. La maîtrise complète de la chaîne de production est essentielle, mais les moyens financiers pour moderniser l’outillage font souvent défaut.

Victor Deschang, actuel responsable de la faïencerie d’Art de Malicorne, souligne l’importance d’un savoir-faire de haute qualité pour pérenniser l’activité. Il regrette que certains repreneurs n’aient pas su diversifier la production en intégrant des créations contemporaines.

Un atout touristique et économique pour la Sarthe

Face à ces défis, Malicorne mise également sur le tourisme pour soutenir son activité céramique. L’Espace Faïence de Malicorne, inauguré par les élus locaux, a pour mission de valoriser ce patrimoine unique. Installé dans une ancienne manufacture, ce pôle culturel et touristique attire chaque année des milliers de visiteurs curieux de découvrir l’art de la faïence.

Ce centre propose une immersion dans le processus de fabrication de la faïence, des expositions, des ateliers interactifs et une boutique mettant en avant les productions locales. Depuis son ouverture, il a accueilli 18 000 visiteurs en une année, dont 40 % issus de la Sarthe. Il contribue également à dynamiser l’économie locale : hébergements, restaurants et artisans bénéficient directement des retombées de cette attraction.

La faïence de Malicorne, un patrimoine Français

La faïence de Malicorne incarne un pan essentiel du patrimoine français. Son histoire, jalonnée d’innovations et de défis, témoigne d’une tradition forte qui a su traverser les époques. 

Aujourd’hui, entre sauvegarde du savoir-faire et adaptation aux nouvelles exigences du marché, l’avenir de la faïence malicornaise repose sur une stratégie combinant artisanat, modernité et tourisme. Ce modèle pourrait inspirer d’autres régions soucieuses de préserver leurs traditions tout en stimulant leur économie.

Comment faire estimer votre faïence de Malicorne ?

L’expertise d’une pièce en faïence de Malicorne requiert une attention particulière tant les critères d’authenticité sont subtils : finesse du décor, qualité de l’émail ou encore identification précise de la signature (Pouplard, Tessier, Moreau…). En cas de doute ou pour obtenir une évaluation rigoureuse de vos céramiques, les commissaires-priseurs de Pastor Maison de Ventes et leurs experts se tiennent à votre disposition.

Pastor Maison de Ventes aux Enchères vous accompagne dans l’estimation gratuite et sans engagement de vos faïences, objets et œuvres d’art. Contactez-nous dès aujourd’hui en ligne.

La faïence de Malicorne aux enchères

Le marché de la faïence de Malicorne reste sélectif. Les critères qui valorisent une pièce sont :

  • La complexité de l’ajourage : Plus le travail de « dentelle » est fin et intact, plus la pièce est prisée.
  • L’état de conservation : Les éclats sur l’émail (égrenures) ou les restaurations masquées impactent fortement la cote.
  • La rareté du décor ou du sujet.
Emile Tessier - Détails d'un plat

Sur Interenchères, nous retrouvons par exemple plus de 200 lots signés Emile Tessier.

Les prix des adjudications vont de 50€ jusqu’à plus de 600€ pour une assiette désignée en faïence à décor peint aux armes de la ville du Mans et marquée Feldkommandantur 755 ;

Ou cette corbeille en faïence blanc et or à décor ajouré et bordure ondée posant sur un piédouche ;

Ou enfin ce pichet Jacquot en barbotine de Malicorne, faïencerie Emile Tessier, représentant un personnage assis sur un tonneau porte les chiffres 0.20.100.0, signé avec les initiales E T.

Adjugée plus de 1000€ : une série complète d’assiettes plates, creuses et à dessert ; nombreux plats de services plats et creux ; porte-couteaux, salerons, saucières. Toutes les pièces sont signées TE et datent de l’entre-deux-guerres.

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