La terre cuite de Ligron
Poterie en terre vernissée de Ligron
Située à environ 30 km au sud-ouest du Mans, et dans les environs de La Flèche, la ville de Ligron est aujourd’hui connue pour ses terres cuites vernissées qui en font une référence de l’art populaire dans la Sarthe et en France.
L’origine de la tradition potière dans les environs de la ville de Ligron n’est pas sourcée mais les qualités de la terre locale et la présence de nombreux ateliers de poterie dans la région font probablement remonter ses débuts à une époque proche de la fin du Moyen-Âge. Au XVe et XVIe siècle des fours sont édifiés dans différents hameaux.
Quelle terre utilise-t-on ?
La présence de filons d’argile au lieu-dit Chohinière ou Chouanière, et le bois dans la forêt de Longaulnay sont des atouts pour la production de poterie à Ligron. La merveilleuse plasticité de cette argile présentait cependant l’inconvénient de prendre du retrait lors de sa cuisson. Il fallait la dégraisser avec du sable.
On extrait de l’argile blanche de Château-Séneschal. L’argile rouge provient du Chêne Vert et de celle livrée par la tuilerie des Clérets, toutes deux sur la paroisse de Courcelles. Les potiers de Ligron utilisent la terre grise pour en faire de la vaisselle. La blanche et la rouge sont réservées à d’autres usages, comme des pots à lait (argile rouge).
Quelle est la technique de façonnage des terres cuites de Ligron ?
Les pièces sont généralement moulées ou tournées sur une roue de potier. Elles peuvent être décorées de multiples manières : poinçonnées, gravées, retravaillées à la main en modelant ou en enlevant de la matière. Et également ajourées ou agrémentées de pièces d’applique moulées.
Pour les objets décoratifs ou religieux, on utilise l’argile de la Chohinière. Des potiers ont cependant composé de très belles pièces avec de l’argile rouge. On peut noter que différentes argiles sont certainement utilisées par les potiers dans leurs compositions. La poudre de plomb écrasé après concassage sur un billot permet d’obtenir la glaçure plombifère des pièces. Cette poudre sert de fondant aux oxydes métalliques qui eux, donnent la couleur.
Quels sont les potiers célèbres de Ligron ?
Jehan Le Rey (Roy) est le premier potier de Ligron répertorié (1314).
Pierre-Innocent Guimonneau de la Forterie (1726-1815). Fils d’un notaire royal. Maître-chirurgien de son état, « Guimonneau eût été bien surpris d’apprendre que les six années au cours desquelles il se livra à son caprice de bourgeois original lui vaudraient, deux siècles plus tard, d’avoir échappé à l’oubli ». Libéré de ses obligations professionnelles, et aidé par son habileté manuelle de chirurgien, il s’adonne à la poterie. Il excelle dans le maniement et dans les travaux d’incision de l’argile. Ses oeuvres représentent des scènes de la vie courante.
Jacques Gallet (1741 – 1815). Riche et habile artisan. Il écoute les conseils précieux de son ami Guimonneau. Il nuance le brun manganèse en le mélangeant à de l’oxyde de fer pour la réalisation de grands bénitiers.
La famille Hautreux – Présents durant 3 siècles – Dont Joseph II (1825 – 1876. Maire de Ligron de 1830 à 1852) et Louis (1813 – 1860). Joseph reprend le travail de Gallet mais de manière plus élaborée. Joseph et Louis tiennent les poteries de La Croix et de Beslouze durant la première moitié du 19e.
Henri Pasquier (1835 – 1875). Ouvrier tourneur chez Joseph II de 1865 à 1875. Spécialiste du décor ajouré (comme Louis Milon).
Victor Brier. Ancien tourneur de Malicorne rachète en 1873 la grande poterie de Beslouze. Dynamique, il développe un important réseau de vente dans le département. Après son décès en 1879, sa veuve loue sa fabrique à François Taffary.
François Taffary. Il modernise en s’équipant de machines et développe une production d’imitations d’anciens. Ce travail sera récompensé par une médaille décernée à l’exposition de la Flèche.
François Tricard (20e siècle). Il achète la fabrique vers 1900 mais ne parvient pas à endiguer le déclin de la poterie. Tricard ferme les portes de sa fabrique en 1910. Son fils offrira en 1968 une maquette de l’atelier en terre vernissé à la mairie de Ligron.
Poteries de Ligron, pour quels usages ?
Il n’est pas surprenant que la poterie de Ligron trouve sa vocation première dans les arts de la table et la vaisselle.
Si cette production courante est composée de divers récipients, pots, salières, bouteilles et jarres, on trouve également des pièces plus originales comme des bénitiers ou bien des épis de faîtage.
Les poteries de Ligron produites sont reconnaissables à leur légèreté, due à la finesse de leurs parois, et l’émail sans craquelure qui les recouvre.
Terres cuites de Ligron au 17e et 18e siècle
À la fin du XVIIe – début du XVIIIe siècle, on trouve chez certains potiers notamment Lépine et Dudoigt des pièces recouvertes d’une glaçure dite jaspée composée de touches brunes et vertes sur un fond jaunâtre parfois agrémenté de bleu de cobalt.
Ce sont notamment des vierges d’accouchées moulées en trois parties raccordées entre elles à la barbotine qui sont particulièrement reconnaissables.
L’utilisation de cette polychromie jaspée tend à décroître à partir de 1730 où celle-ci cède la place à une glaçure monochrome en brun de manganèse qui recouvre alors de nombreuses pièces, par exemple des pichets trompeurs ou siffleurs, des bénitiers ou des buires à surprises.
Cette glaçure perdurera durant une partie du XIXe siècle chez certains potiers.
Terres cuites de Ligron au 19e siècle
Les premiers exemplaires du siècle mettent en avant la période bonapartiste ainsi que la figure de l’Empereur dont le buste vient alors coiffer le couvercle de plusieurs pots et soupières sur le modèle des exemplaires de la fin du XVIIIe siècle.
Inspirés par les créations originales et figuratives du potier ligronnais Pierre-Innocent Guimonneau de la Forterie entre 1781 et 1789, les artisans de Ligron se mettent à utiliser deux terres de couleurs claire et rouge notamment Jacques Gallet et se tournent vers davantage de naturalisme dans leur création.
On peut notamment retrouver de manière régulière sur les modèles du XIXe siècle le motif de la pampre de vigne. Le jaune et le vert sont les couleurs dominantes à la surface avec quelques touches de brun.
Les pièces religieuses comme les bénitiers se font à cette époque de plus en plus rares.
De manière générale, les terres cuites vernissées de Ligron au XIXe siècle ont perdu en qualité et présentent davantage de défauts de fabrication. Ce sont donc des pièces qui sont moins collectionnées par l’amateur.
Les pièces tardives sont mal connues. Si les sifflets-tirelires sont connus à Ligron depuis le XVIIIe siècle, les exemplaires du XIXe siècle et au-delà se transforment en simples tirelires mettant en avant la forme seule de l’animal. Les couleurs, les formes et les motifs se simplifient.
La poterie vernissée de Ligron aux enchères
En effectuant une recherche sur la plateforme partenaire Interenchères, qui regroupe l’ensemble des commissaires-priseurs français, on constate rapidement que les poteries de Ligron rencontrent un véritable succès en salle des ventes. Le nombre de pièces proposées reste conséquent et les résultats obtenus sont souvent très solides.
Les adjudications débutent généralement autour de 80 euros pour les petites pièces courantes, mais les prix progressent rapidement dès lors que les objets présentent un bel état de conservation, une signature ou un décor plus recherché. La majorité des poteries vernissées de Ligron sont ainsi adjugées au-delà de 500 euros, avec régulièrement de très beaux résultats dépassant les 2 000 euros pour des pièces exceptionnelles.
Ligron. Exceptionnelle buire (cruche) à surprise en terre vernissée couleur citron jaune et rehaut manganèse. Modèle au petit marquis qui tient une bouteille. Dédiée à Julien Jubault à Malicorne et daté 1816. Hauteur 25cm. Adjugée 2600€ hors frais.
Ligron. Bouteille anthropomorphe en faïence à glaçure beige. Elle représente une femme en costume paysan tenant un petit chien. La robe formée de plis et frises de pastilles. La partie haute détachable figurant son visage, la coiffe Sarthoise. Un trou à la base formant déversoir. Hauteur : 54 cm – largeur. 19 cm. Adjugée 2450€ hors frais.
Ligron. Important Corps de Fontaine en terre vernissée armoriée. Attribué à GUIMONNEAU DE LA FORTERIE. Époque XVIIIe. Cette pièce de 52 cm est adjugée 2350€ hors frais.
Ligron – XIXème s. PLAT rond et légèrement creux en terre vernissée à décor au centre du portrait d’Henri IV dans une couronne de lauriers sur fond jaune pâle. L’aile ornée de fleurs de lys et la bordure de feuillage en camaïeu bleu. Signé Armand Tricard et porte la date apocryphe de 1754. – Diam. : 34,5 cm. Un modèle similaire est conservé au musée de la Reine Bérengère au Mans. Ce plat est adjugé 1500 hors frais.
Ces adjudications confirment l’intérêt croissant des collectionneurs pour cette production sarthoise encore relativement accessible il y a quelques années, mais aujourd’hui de plus en plus recherchée sur le marché.
Comment faire estimer une poterie de Ligron ?